Mathieu – Canada – Laval

Je suis parti à l’université de Laval, située à proximité de la ville de Québec, pour valider ma dernière année de licence L3 (baccalauréat ici).

Je suis au Québec depuis le 26 aout 2013, je dois y rester deux sessions : automne et hiver. La session d’automne commence début septembre et s’achève mi-décembre. Les vacances d’hiver durent un mois, de quoi rentrer en France pour les fêtes. Il faut savoir que le rythme scolaire est bien différent ici. La session d’hiver commence le 13 janvier et s’achève le 25 avril 2014.

Mes enseignements

J’étais inscrit au programme d’anthropologie : j’avais 3 cours d’anthropologie et 2 cours de sociologie. J’étais libre, si je le désirais, de prendre un cours en histoire ou en art. Tous mes cours étaient en Français, mais je sais que certains cours sont en Anglais et surtout quelques textes à lire pour les cours sont en Anglais. Pas indispensable de comprendre l’Anglais, mais c’est clairement un plus.

J’ai donc suivi 5 cours (chacun dure 3h), soit 15h de cours par semaine. J’avais le double de travail à la maison – des lectures essentiellement – ce qui n’est pas complètement vrai. Il y a certes un nombre important de lectures à effectuer chaque semaine pour chaque cours. Mais cela est loin dans mon cas de faire doubler la charge de travail. De plus, les cours en ligne sont assez courants ici (j’en avais un à la première session et deux pour la session d’hiver). Ils réclament une attention particulière, car il est assez facile de se laisser déborder par la liberté qu’ils offrent.

Le choix de cours est assez large et les étudiants en échange sont assez libres (les autres ont des cours obligatoires) du moment où ils prennent 3 cours de leur programme dans les 5 cours qu’ils doivent suivre.

Déroulement des cours

Quant au déroulement des cours, je n’ai pas vu de différence fondamentale avec ceux de l’UPJV (si ce n’est que certains étudiants québécois tutoient le professeur…). D’autres étudiants qui venaient d’universités plus importantes que l’UPJV étaient, eux assez, surpris par la disponibilité des professeurs pour les étudiants. Il faut dire que certains enseignants donnent leur numéro de téléphone personnel si l’étudiant a des questions, que d’autres vous invitent à boire un verre dans le pub universitaire pour fêter la fin de la première session. C’est, en effet, surprenant mais ça l’est encore plus lorsque vous venez d’une université où la barrière entre professeurs et étudiants est importante. Cela ne me semble pas être le cas à l’UPJV.

Un autre point à souligner est la possibilité pour les étudiants de s’opposer, lors du premier cours, au plan de cours et aux modes d’évaluation si cela ne lui convient pas. Il faut une majorité d’étudiants pour que le plan et le mode d’évaluation soient changés, mais cela reste étonnant. Tout comme l’évaluation des professeurs que doivent faire les étudiants en fin de session. Cela s’explique, selon moi, par le fait que le système universitaire canadien, plus ou moins privé, amène les universités à devoir rendre des comptes à ceux qui achètent les cours, c’est-à-dire les étudiants. L’université Laval est certes l’université nord-américaine la moins chère, il n’empêche qu’elle reste payante (les étudiants achètent chaque cours) et chère (1 500 $ canadiens environ par session pour un étudiant québécois. À noter que les étudiants français, hors échange, paient le même prix que les étudiants québécois).

  • Notation

Pour les notations, l’université Laval établit une moyenne sur 4,33. Les professeurs notent avec des lettres (A+, A-, A, B+, B, B-, etc) ou en pourcentage. J’ai eu A- de moyenne sur la première session, soit 3,67 sur 4,33. Cela peut paraitre beaucoup, mais les enseignants notent en fait assez large. Pour un étudiant québécois, B- ou B sont des notes moyennes (B- correspond à 70 ou 75 % soit 14 ou 15 en France…) et il n’est pas rare de voir des 100 %. Les étudiants en échange se retrouvent donc avec des notes assez hautes pour la France. Il faut noter également qu’il faut avoir plus de 50 % pour valider un cours (c’est donc difficile de ne pas y arriver) et 60 % pour avoir accès à la maitrise il me semble.

  • Evaluation

Les évaluations sont tout au long de la session et peuvent varier. Dans certains cours, il fallait rendre un essai avec un choix de questions, dans d’autres, il fallait faire une analyse critique de documents ou un résumé de texte. Je n’ai pas eu à faire d’exposé oral, mais je sais que certains enseignants aiment ça. C’est vraiment les enseignants qui choisissent les évaluations (et donc les étudiants qui approuvent ou non) mais dans la plupart des cas, chaque cours a plusieurs évaluations et les notes s’additionnent (ce n’est pas une moyenne).

Par exemple pour le cours d’histoire et théories de l’anthropologie, le premier essai était sur 15, le deuxième sur 25 et le troisième sur 60. Les trois notes sont additionnées et cela donne une note sur 100 (Converti ensuite en lettre puis ramener sur 4,33. Ils se compliquent bien la vie nos amis québécois)

  • Lutte contre le plagiat

Il y a un autre point qui m’a un peu surpris au début, c’est l’importance de la lutte contre le plagiat. Autant dire qu’il est absolument indispensable de citer ses sources sous peine de récolter un E et d’autres sanctions. De même, les retards ne sont pas acceptés et entrainent une pénalité de 10 % par jour de retard. Attention donc, ça peut aller très vite.

Vivre dans la ville Québec

Pour ce qui est de la ville de Québec, elle est parfaite pour ceux qui ne veulent pas se retrouver dans une grande ville. Québec est une ville de taille moyenne et se décompose en deux grands « quartiers ». Il y a le vieux Québec, un quartier très touristique et particulièrement joli, et la « nouvelle » ville, typiquement nord-américaine.

Dans le vieux Québec, il n’y a aucun building. Elle ne manque pas de vie et il est facile de trouver un bar pour sortir.

Québec est à 2h30 de Montréal. Effectuer 2h de route ici, c’est peu. Un peu plus loin, c’est à 8h de New-York. Cela reste une sortie à faire absolument. Entre aout et octobre, il y a aussi les baleines à aller voir à Tadoussac (200 km au nord de Québec. Cela se fait très bien en louant une voiture). Incontournable. Beaucoup plus loin, il y a les chutes du Niagara près de Toronto. 900 km de Québec, mais c’est à voir. Si vous ne comptez pas aller trop loin, il y a les chutes Montmorency à Québec. C’est possible d’y aller en bus depuis l’université, mais c’est beaucoup plus petit.

L’université

L’université Laval de son côté ne se trouve pas en plein milieu de Québec. Elle est à 10 minutes en bus du vieux Québec. Elle est complètement autonome, c’est une petite ville. Vous y trouvez un pub, plusieurs restaurants, un coiffeur, un dépanneur, plusieurs bars étudiants et si vous êtes logés aux résidences universitaires, vous pouvez y rester tout l’hiver sans sortir grâce aux tunnels souterrains ! Attention à la dépression cela dit… Il y a également deux centres commerciaux proches de l’université. Il faut braver le froid pour y aller (ou y aller en bus) mais si vous voulez manger pour moins cher que le restaurant universitaire, c’est nécessaire.

La vie n’est pas plus chère au Québec qu’en France. Elle est même parfois moins chère selon le cours du dollar canadien (qui est bien plus faible que l’euro en ce moment).

L’université Laval possède également un énorme centre sportif avec plusieurs patinoires, un amphithéâtre neuf, une piscine neuve, un terrain de football/soccer/rugby synthétique en extérieur, plusieurs terrains intérieurs, une piste d’athlétisme intérieur, une salle de musculation, bref tout ce qu’il faut. La piscine et la patinoire sont gratuites pour les étudiants, les autres activités sont payantes. Être à l’université Laval, ça veut aussi dire supporter le Rouge & Or. L’équipe de football est la meilleure équipe universitaire du Canada et les matchs sont de grandes fêtes à la gloire du Rouge & Or. Si vous n’êtes pas fan de football, ne vous inquiétez pas il y a des équipes de volley, de rugby féminin, de soccer, de golf, de ski de fond, d’athlétisme ou de basket. Le sport universitaire est ici une institution. Je ne peux parler de sport sans mentionner le hockey. L’université Laval ne possède pas d’équipe, mais le hockey reste une véritable religion par ici. Les Canadiens de Montréal sont suivis assidument par bon nombre de Québécois, des chandails des Nordiques de Québec (équipe qui n’existe plus depuis presque 20 ans) sont disponibles partout et les Remparts de Québec (équipe de LHJMQ c’est-à-dire d’athlètes âgés de 16 à 20 ans) sont particulièrement apprécier. Il est nécessaire de voir un match de hockey si vous venez au Québec.

Se préparer au froid

Québec se signale également par une chose : le froid ! Ce n’est pas une légende : -20 degrés correspond à une température ressentie de -33. Oui ça fait peur, mais rassurez-vous, bien équipé, vous passez un hiver agréable. La neige, c’est toujours jolie à voir tomber après tout. Pour passer un bon hiver (sans rester enfermer chez soi bien entendu), il faut donc faire quelques achats indispensables. Une tuque, des moufles, un cache-cou, un bon manteau, des bottes de neiges et surtout il faut avoir plusieurs couches. Deux pantalons ne sont pas de trop par -25 degrés.

Se loger

Je suis logé dans les résidences universitaires. C’est à la fois le plus pratique et certainement le moins cher : 312 $ par mois. Les chambres des résidences sont assez spartiates mais bien suffisantes pour y dormir. Le plus gros avantage que cela apporte, c’est certainement les rencontres que vous y faites. Cela va des connaissances aux véritables amis. Bien sûr venez avec votre sourire et votre bonne humeur. Et puis cela vous permettra d’apprendre plus vite comment utiliser les sacres : tout une affaire.

Les résidences ont des cuisines communes, des salles de bains communes (une salle de bains par étage soit environ 2 douches pour 15 personnes : pas d’embouteillage), plusieurs salles télé, une salle de jeux avec billard, fléchettes et ping-pong. Je vous assure que les progrès au billard sont fulgurants. Plusieurs activités sont proposées par les équipes du service de vie en résidence (films, soirée salsa, soirée cuisine du monde, etc). Vivre en résidence vous permet également d’aller jusqu’à vos salles de cours sans sortir puisque les résidences et les bâtiments de cours sont reliés par le tunnel. Personnellement, je préfère le grand air même quand il est très froid.

Vous hésitez encore à partir ?

Pour mon séjour d’études à l’étranger j’ai bénéficié d’une bourse du conseil régional de Picardie. N’étant pas boursier en France, c’est la seule aide officielle que j’ai reçue. Les étudiants boursiers ont la possibilité d’obtenir d’autres bourses. À vérifier cependant.

J’ai tellement de choses à dire que cela doit paraitre évident que je me plais ici. Arriver dans un nouveau pays, quand bien même la langue est la même, c’est apprendre à se débrouiller par soi-même, c’est s’ouvrir aux autres et laisser les autres s’ouvrir à soi, c’est mettre de côté ses préjugés et parfois sa fierté (les Québécois sont aussi taquins avec les Français que les Français avec les Belges) pour intégrer de nouvelles façons de vivre.

Venir au Québec, c’est apprendre à ne pas doubler les gens dans la file d’attente, c’est apprendre la véritable signification du mot hospitalité, c’est apprendre ce que le mot froid veut réellement dire, c’est apprendre des mots marrants (ayoye, pantoute, frette, bibite, les sacres…), c’est se rendre compte que vous imitez vachement mal l’accent québécois, c’est gouter et aimer la poutine (avec modération !), le sirop d’érable (avec modération.) ou la bière québécoise (avec modération ?), c’est avoir parfois un peu honte de son accent anglais et se rendre d’autres fois que certains Québécois aussi ont un accent horrible, c’est se rendre compte que le Français de France n’est pas le seul Français qui existe, c’est voir que les Québécois aiment autant les Parisiens que vous, c’est passer une journée dans les bois à la recherche d’un orignal, c’est avoir de la neige jusqu’aux hanches, c’est regarder un match de football pendant des heures dehors par -20, c’est s’entendre dire que c’est vous qui avez un accent, c’est voir des pubs pour des motoneiges à la télé, c’est ne voir que des voitures énormes et les entendre klaxonner quand elles s’ouvrent, c’est se surprendre à dire à vos proches que vous n’êtes pas au Canada mais au Québec tabarnak !, c’est se demander si vraiment vous voulez revenir. Bref être au Québec, c’est que du bonheur.

Si vous envisagez de partir au Québec et que vous avez des questions (n’importe lesquelles)  : mathieu.legrand80@gmail.com