Auteurs classiques – Durkheim (CM, L2S6)

Résumé

Le cours est consacré à une présentation, contextualisée d’un point de vue socio-historique et politique, des principaux concepts et de la méthode sociologiques proposés par Emile Durkheim (1858-1917) au travers de quelques-uns de ses ouvrages principaux, mais aussi à une présentation du courant qu’il a fondé, des enjeux intellectuels et épistémologiques qui sous-tendent cette entreprise, et des critiques scientifiques qui lui ont été adressées. Il établira des liens avec des questions contemporaines, afin de mettre en évidence l’actualité de ce cadre théorique et des outils conceptuels qu’il propose.

 

Evaluation : un examen terminal écrit (ETE) de 1h30 au cours duquel les étudiant-e-s traiteront deux questions de cours parmi quatre proposées. Chacune sera notée sur 10 points. Aucun document ne sera autorisé pendant l’épreuve écrite.

Les modalités d’évaluation pour la session de rattrapage sont les mêmes qu’en première session.

 

 

 

 

 

 

PLAN DE COURS

 

PARTIE 1. L’HOMME & SON TEMPS

 

CHAPITRE 1. Repères biographiques

 

Section 1. Jeunesse & études : l’itinéraire d’un apprenti philosophe laïc

 

Section 2. Le début de carrière : du lycée à la thèse en passant par l’Allemagne

 

Section 3. Une carrière délicate : de Bordeaux à Paris, des sciences de l’éducation à la sociologie

 

CHAPITRE 2. Le contexte socio-historique, politique & intellectuel de la troisieme republique

 

Section 1. Le contexte politique, social & religieux tendu de la Troisième République

 

Section 2. Un positivisme holiste

 

PARTIE 2. LA METHODE & LES CONCEPTS PAR LES ŒUVRES

 

CHAPITRE 1. Le projet durkheimien & ses enjeux : fonder une nouvelle science, la sociologie, en se dotant de règles de méthode rigoureuses (les regles de la methode sociologique – 1895)

 

Introduction : Durkheim & la physiologie : l’importance des travaux de Claude Bernard

 

Section 1. L’objet de la sociologie : définir & expliquer le fait social par le social – « Considérer les faits sociaux comme des choses »

 

Section 2. L’observation des faits sociaux, débarrassée des « prénotions » : déjouer les pièges du « sens commun » – La nécessité de la construction de l’objet sociologique – L’importance de la « définition préalable »

 

Section 3. Le normal & le pathologique

 

Section 4. L’administration de la preuve : mettre à jour des relations causales – La méthode des « variations concomitantes » et la méthode comparative

 

Conclusion : Une démarche objectiviste & explicative, une approche holiste

 

CHAPITRE 2. La dissolution du lien social dans les sociétés modernes : Le Suicide, étude de sociologie (1897)

 

Section 1. La définition préalable pour rompre avec les prénotions

 

Section 2. Le suicide, un fait social

 

 

Section 3. L’usage des statistiques, l’élaboration d’une typologie & l’explication des propensions au suicide

  • 1. Le suicide altruiste
  • 2. Le suicide fataliste
  • 3. Suicide égoïste & degré d’intégration aux groupes sociaux (religieux, familiaux, politiques)
  • 4. Le suicide anomique

 

Section 4. Anomie & intégration : la postérité d’un concept

 

Section 5. Controverses, prolongements & postérité de l’étude durkheimienne du suicide

  • 1. La critique de Maurice Halbwachs : Les Causes du suicide (1930)
  • 2. La critique méthodologique de Jack Douglas : The Social Meanings of Suicide (1967)
  • 3. La relecture de Christian Baudelot & Roger Establet : Durkheim et le suicide (1984)
  • 4. Mais une méthode & une théorie qui demeurent pertinentes
  1. Le suicide & les déterminismes sociaux : l’accusation de « sociologisme »
  2. L’anomie : la liaison entre individu & société

 

CHAPITRE 3. Lien social & intégration. Caractéristiques & fonctions de la division du travail social (De la division du travail social – 1893)

 

Section 1. Principes d’une analyse en rupture

 

Section 2. L’élaboration d’une question sociologique. La contribution de la division du travail au lien social : fonction économique & fonction morale du travail

 

Section 3. Le rôle de la conscience collective. L’interaction entre l’individu & la société

 

Section 4. Lien social, formes de solidarité & division du travail social : origines & fondements sociologiques de la division du travail

  • 1. Solidarité mécanique
  • 2. Solidarité organique
  • 3. Le passage d’une forme de solidarité à l’autre

 

Section 5. La crise du lien social

  • 1. Echecs & formes pathologiques de la division du travail social
  • 2. Les causes de la crise de l’intégration

 

Conclusion : Une œuvre de « jeunesse »

 

CONCLUSION GENERALE : Emile Durkheim : S’appuyer sur les sciences pour réformer la société & contribuer au progrès social

 

 

BIBLIOGRAPHIE

 

1) Ouvrages d’Emile Durkheim

– De la division du travail social, 1893, rééd. Paris, PUF, 2007.

– Éducation et sociologie, 1922, rééd. Paris, PUF, 1992.

– L’Education morale, 1902-1903, Paris, PUF, 1992.

– L’Evolution pédagogique en France, 1904-1905, rééd. Paris, PUF, 1990.

– La Science sociale et l’action, 1888-1908, Paris, PUF, 1987.

Le Socialisme, Paris, PUF, 1928.

– Le Suicide, étude de sociologie, 1897, rééd. Paris, PUF, 2007.

– Leçons de sociologie, 1898-1900, Paris, PUF, 1997.

– Les Formes élémentaires de la vie religieuse. Le système totémique en Australie, 1912, Paris, PUF, 2005.

– Les Règles de la méthode sociologique, 1895, rééd. Paris, Flammarion, coll. Champs, 2010.

 

2) Quelques ouvrages des durkheimiens

– Bouglé (Célestin), Essais sur le régime des castes, Paris, PUF, 1993 [e. o. :1908].

– Bouglé (Célestin), Les Sciences sociales en Allemagne, Paris, Alcan, 1896.

– Bouglé (Célestin), Qu’est-ce que la sociologie ?, Paris, Alcan, 1939.

– Granet (Marcel), La Civilisation chinoise, Paris, Albin Michel, 1994 [e. o. : 1929].

– Granet (Marcel), La Pensée chinoise, Paris, Albin Michel, 1999 [e. o. : 1934].

– Halbwachs (Maurice), La Mémoire collective, Paris, PUF, 1952.

– Halbwachs (Maurice), Les Cadres sociaux de la mémoire, Paris, Albin Michel, 2001 [e.o. : 1925].

– Halbwachs (Maurice), Les Causes du suicide, Paris, PUF, 2002 [e. o. : 1930].

– Hubert (Henri), Les Celtes, Paris, Albin Michel, 2001 [e. o. : 1932].

– Mauss (Marcel), « Essai sur le don : forme et raison de l’échange dans les sociétés archaïques », in Sociologie et anthropologie, Paris, PUF, 2004 [e. o. : 1923-1924].

– Mauss (Marcel), Œuvres, 3 vols, Paris, Minuit, 1975.

 

3) Ouvrages & articles sur la sociologie durkheimienne

En souligné, les articles accessibles gratuitement en ligne (directement ou via le site Persée – www.persee.fr) à lire en complément du cours.

 

– Baechler (Jean), Les Suicides, Paris, Calmann-Lévy, 1975.

– Baudelot (Christian), Establet (Roger), « Suicide, l’évolution séculaire d’un fait social », Economie et Statistiques, 1984.

– Baudelot (Christian), Establet (Roger), Durkheim et le suicide, Paris, PUF, 1984.

– Baudelot (Christian), Establet (Roger), Suicide : l’envers de notre monde, Paris, Seuil, 2006.

– Béra (Mathieu) [dir.], Emile Durkheim à Bordeaux (1887-1902), Bordeaux, Editions Confluences, 2014.

– Berthelot (Jean-Michel), 1895. Durkheim. L’Avènement de la sociologie scientifique, Toulouse, Presses Universitaires du Mirail, 1995.

– Besnard (Philippe), « Anti- ou anté-durkheimisme ? Contribution au débat sur les statistiques officielles du suicide », Revue Française de Sociologie, t. XVII, 1976.

– Besnard (Philippe), « Durkheim et les femmes ou le Suicide inachevé », Revue Française de Sociologie, t. XIV, 1973.

– Besnard (Philippe), « Les Durkheimiens », Encyclopedia Universalis, 2014.

– Besnard (Philippe), « Mariage et suicide : la théorie durkheimienne de la régulation conjugale à l’épreuve d’un siècle », Revue Française de Sociologie, vol. 4, n° 38, 1997.

– Besnard (Philippe), « Variations autour du Suicide », in Baechler (Jean), Chazel (François), Kamrane (Ramine) [dir.], L’Acteur et ses raisons, Paris, PUF, 2000, pp. 59-68.

– Besnard (Philippe), L’Anomie. Ses usages et ses fonctions dans la description sociologique, Paris, PUF, 1987.

– Callegaro (Francesco), La Science politique des modernes. Durkheim, la sociologie et le projet d’autonomie, Paris, Economica, 2015.

– Chazel (François), « Considération sur la nature de l’anomie », Revue Française de Sociologie, t. VIII, 1967.

Coenen-Huther (Jacques), Comprendre Durkheim, Paris, Armand Colin, coll. « Lire et comprendre », 2010.

– Dianteill (Erwan) [dir.], Marcel Mauss, en théorie et en pratique. Anthropologie, sociologie, philosophie, Paris, L’Harmattan, 2014.

– Douglas (Jack D.), The Social Meanings of Suicide, New-Jersey, Princeton University Press, 1967.

– Filloux (Jean-Claude), « Personne et sacré chez Durkheim », Archives de sciences sociales des religions, vol. 69, 1990.

– Filloux (Jean-Claude), Durkheim et le socialisme, Genève, Droz, 1977.

– Lacroix (Bernard), Durkheim et le politique, Paris, Presses de la Fondation Nationale des Sciences Politiques, 1981.

– Ledent (D.), Émile Durkheim : vie, œuvres, concepts, Paris, Ellipses, 2011.

– Lepenies (Wolf), Les Trois cultures. Entre science et littérature, l’avènement de la sociologie, Paris, Editions de la MSH, 1991.

– Marcel (Jean-Christophe), Le Durkheimisme dans l’entre-deux-guerres, Paris, PUF, 2001.

– Prades (J. A.), Durkheim, Paris, PUF, 1990.

Revue Française de Sociologie, « Les Durkheimiens », t. XX, n° 1, 1979.

Sciences humaines, hors série n° 38, septembre 2002 : « Emile Durkheim : une méthode pour la sociologie ».

Sciences humaines, hors série n° 42, septembre 2003 : « Le suicide ».

– Smelser (Neil), « Le lien problématique entre différenciation et intégration », in Division du travail et lien social, Paris, PUF, 1993.

– Steiner (Philippe), La Sociologie de Durkheim, Paris, La Découverte, coll. « Repères », 2000.

– Valade (Bernard) [dir.], Durkheim : l’institution de la sociologie, Paris, PUF, 2008.

– Wacquant (Loïc J. D.), « Durkheim et Bourdieu : le socle commun et ses fissures », Critique, n° 579-580, septembre 1995, pp. 646-660.

 

ANNEXE 1 : REPERES BIOGRAPHIQUES

 

  • 15 Avril 1858 : Naissance d’Emile Durkheim à Epinal dans une famille juive pratiquante traditionnelle. Destiné au rabbinat, comme son père Moïse et son grand-père Israël David, il décide à la fin de son adolescence de ne pas suivre la tradition familiale pour devenir professeur.
  • 1875 : Double bachelier en Lettres et Sciences, Durkheim part pour Paris afin de préparer le concours d’entrée à l’Ecole Normale Supérieure au lycée Louis-le-Grand.
  • 1879 : Après deux échecs au concours, Durkheim est admis à l’ENS. Il se lie d’amitié avec Jaurès, découvre les écrits d’Auguste Comte et suit les cours de l’historien Fustel de Coulanges et du philosophe Emile Boutroux.
  • Octobre 1882 – Octobre 1884 : Reçu à l’agrégation de philosophie, Durkheim devient professeur au lycée de Sens et prépare sa thèse.
  • 1885 – 1886 : Grâce à une bourse, Durkheim séjourne en Allemagne pour y étudier l’enseignement de la philosophie et des sciences sociales.
  • Octobre 1886 – Juillet 1887 : Durkheim est professeur à Troyes.
  • Octobre 1887 : Durkheim, qui vient d’épouser Louise Dreyfus, fille d’un entrepreneur parisien, est nommé chargé de cours à la Faculté des Lettres de l’Université de Bordeaux. Il enseigne la pédagogie et un cours « ouvert » de science sociale.
  • 1890 : Il met en place un cours intitulé « Physique des mœurs et du droit », qu’il fera régulièrement jusqu’en 1900.
  • 3 Mars 1893 : Durkheim soutient en Sorbonne sa thèse principale : De la division du travail social. Etude sur l’organisation des sociétés supérieures.
  • 1895 : Publication des Règles de la méthode sociologique.
  • 1896 : Fondation par Durkheim de la revue L’Année sociologique. Emergence de « l’Ecole française de sociologie ».
  • 1897 : Publication de Le Suicide. Etude de sociologie.
  • 1902 : Durkheim est nommé professeur à la Sorbonne, où il assure un cours de Science de l’éducation et de Sociologie. Publication de L’Education morale.
  • 1905 : Durkheim est chargé d’un cours de Science de l’éducation pour les agrégatifs. Intitulé L’Evolution pédagogique en France, ce cours est publié et constitue la première étude de sociologie historique consacrée au système scolaire français.
  • 1912 : Publication de Les Formes élémentaires de la vie religieuse
  • 1915 : Durkheim fonde un comité éditant diverses brochures concernant la guerre, et en rédige deux : Qui a voulu la guerre ? Les origines de la guerre d’après les documents diplomatiques et L’Allemagne au-dessus de tout, La mentalité allemande et la guerre.
  • Avril 1916 : André, l’un des fils de Durkheim, meurt au front de Salonique. Durkheim sombre dans la dépression.
  • 15 Novembre 1917 : Emile Durkheim, âgé de 59 ans, meurt.

 

 

ANNEXE 2 : LES REGLES DE LA METHODE SOCIOLOGIQUE : TABLEAU RECAPITULATIF

 

Actes épistémologiques Règles selon les fonctions Opérations
 

Rupture avec le sens commun, les prénotions (pré-construction)

« Considérer les faits sociaux comme des choses » ·                Ecarter les prénotions

·                Elaborer une définition préalable

 

Construction de l’objet

« Expliquer le social par le social », un fait social par d’autres faits sociaux ·                Rechercher la cause efficiente, puis la fonction remplie

·                Classifier, retenir les faits cruciaux

·                Distinguer « le normal » du « pathologique »

 

Administration de la preuve

Comparer, expérimenter indirectement par la méthode comparative des variations concomitantes ·                Systématiser la comparaison

·                Vérifier la réalité et le sens des corrélations

·                Rechercher la causalité

 

 

 

ANNEXE 3 : LA TYPOLOGIE DURKHEIMIENNE DES SUICIDES : LE SUICIDE ALTRUISTE, LE SUICIDE FATALISTE, LE SUICIDE EGOÏSTE, LE SUICIDE ANOMIQUE

(d’après Le Suicide, étude de sociologie, 1897, rééd. Paris, PUF, 2007)

 

  Intégration Régulation
Excès Le suicide altruiste :

Les individus sont si fortement intégrés au sein du groupe qui les définit qu’ils sont prêts à faire le sacrifice de leur vie pour le groupe

Ex. : Les volontaires pour les sacrifices dans les sociétés dites « primitives », les militaires, les résistants…

 

Le suicide fataliste :

Les désirs de l’individu sont à ce point bornés que son existence lui devient insupportable.

Ex. : Les suicides d’esclaves dans l’Antiquité, l’homme marié trop jeune…

Défaut Le suicide égoïste :

Les individus ne sont pas assez intégrés aux groupes sociaux (religieux, familiaux, politiques). Contraint de déterminer seul le cours de son existence, l’individu peut se suicider par excès d’individualisme.

Ex. : Les suicides de célibataires, les suicides de protestants qui expérimentent une religion peu normée…

 

Le suicide anomique :

Quand les désirs de l’individu ne sont plus suffisamment bornés par la société.

Ex. : les suicides des « riches », les suicides des hommes intellectuels (libertins), les suicides des jeunes diplômés sans travail…